Je respire, je tousse, l'air n'entre plus, ma gorge se serre, la tête me tourne. Je n'ai plus d'air et j'ai beau inspirer l'oxygène ne passe plus. Je tombe, doucement, à genoux sur l'herbe si humide, sous le ciel couvert de gris, j'attends la pluie.
Peut-être pourra t-elle tout effacer ?
Le vent se lève, il est glacial et fouette mon visage avec une violence pleine de reproche. Je baisse la tête, je cherche l'air, je cherche à vivre.
Le vent devient plus fort. L'herbe se couche sous sa poussée, les nuages se rapprochent.
Mes mains tremblent, je ne respire plus, mes rêves s'enfuient, mes envies et ma vie, tout s'envole, rejoint les nuages...
Une larme de nuage tombe sur ma joue. elle est froide et roule lentement sur ma joue, comme le résultat d'une promesse déçue...
La pluie se déclare, fait la guerre aux nuages et le tonnerre gronde tandis que l'eau ruisselle sur mon visage.
Je ne sais pas si ce sont mes larmes ou les gouttes.
Je n'ai plus rien, je me sens vide. Effacée d'une vie qui ne m'appartient plus. Perdue. Quelque part.
Plus d'espoir, plus de rêves, plus rien.
La musique ?
Trop loin. Trop éloignée pour que je puisse l'entendre, pourtant elle est là, je la sens...
Elle me relève, d'ailleurs, regarde, je ne suis plus à genoux dans l'herbe trempée. Je suis debout, face au vent et à la colère de la pluie.
Mes forces m'abandonnent, mais la musique me tient debout. Doucement...
Doucement, j'avance, pas à pas, vers le bord d'une falaise de pierre.
En bas, la mer, sauvage et belliqueuse. Libre.
Mariée avec le vent, ils ne font qu'un, et le souffle balaye l'eau salée, et les vagues montent, montent, comme pour venir me chercher...
La musique faiblit. Où va t-elle, elle s'éloigne...elle quitte mon corps et mon esprit, je ne la sens plus mais que fait-elle ? Elle m'abandonne !
Soudain un nuage se dissipe, et un unique rayon de soleil éclaire mon visage mouillé. La musique, faiblement, s'accroche. Et je comprends qu'elle ne m'a pas quittée. C'est moi qui lâche prise, doucement, qui m'éloigne sans parvenir à rester ici.
Elle m'appelle, la musique, elle me retient tant qu'elle le peut mais je suis trop loin à présent, il est trop tard.
En bas, des rochers couverts d'écume semblent m'appeler.
Je tremble, un vertige me déséquilibre et la musique s'affole. Elle retentit, plus forte que jamais, comme une chant d'espoir, un chant de vie, un chant pour moi !
Mais pourquoi ?
Pourquoi s'acharner ?
Rester en vie ? Mais pour quoi ? Pour qui ?
A quoi bon...
Mon corps bascule, mon esprit s'envole, tente de rattraper la musique, mais elle me repousse, me renvoie à moi, me force à vivre et d'un coup, je tombe.
A genoux sur l'herbe humide.
Vivante sans l'être.
Humaine et pourtant étrangère.
Qui suis-je ?
La musique, doucement, me réchauffe. La pluie n'a pas cessé, comme un règlement de compte.
Vivre, sans pourtant pouvoir respirer. Vivre, sans connaître de joie ? Non, je ne vis pas.
Je survis.
Je survis parce que je n'ai pas le choix.
Mais pour qui se prend t-elle pour m'imposer au malheur ?
La musique, tout simplement.
Trop loin toutefois pour m'empêcher de me relever. Trop loin pour éviter ce regard en contrebas.
Le dernier.
La pluie redouble, ma vision se trouble.
Dernière larme.
La musique a comprit. Elle a beau résonner en moi comme jamais, elle sait que lorsqu'elle s'arrêtera, je m'arrêterais avec elle. Et la musique n'a pas qu'une protégée...
Je laisse ma place.
La musique n'a pas échouée, non. Simplement, je suis trop loin.
A un stade de non-retour.
Juste une envie. La dernière.
"Accompagne-moi. Jusqu'au bout. Pour que ma vie s'éteigne en musique..."
Un pas. Juste un pas.
Ne manque plus qu'un dernier regard.
Vers le ciel. Vers mon âme qui s'envole. Trouvera t-elle le chemin de la musique ?
Un murmure me rassure. Si elle ne le trouvera pas, on la guidera.
Double croche, blanche, crescendo puis silence.
Pause.
Dernière pensée.
"Ma musique survivra. "
Un pas. Le dernier...